Abandonner un Rêve Trop Cher & Rentrer à la Maison

by Josh Barsch on August 19, 2009

Traduit par Amandine Deligny

Salut Juge Josh,

J’adore ton site et je lis les articles presque tous les jours. Non seulement, ils sont amusants à lire, mais en plus, ils sont intéressants et se rapportent souvent à une partie de mes questions sur l’université.

Merci!

Si tu as le temps, j’ai désespérément besoin de quelques conseils (comme tout le monde):

Je vais obtenir mon diplôme en Production Cinéma-Télévision de l’Université de Californie du Sud (USC) dans un an. Je me voyais dans cette université depuis mes 12 ans, et tout le monde dans mon petit village voulait me voir y aller et réussir quelque chose de grand. J’ai pris une classe d’été là-bas, alors que j’étais encore au lycée et j’ai complètement adoré ça. Avec tout ce soutien et cet engouement quand j’ai été acceptée, je ne pouvais pas dire non. J’ai refusé toutes les universités de Californie et une bourse complète pour une université d’état dans ma ville natale.

Je vois. Il y a un attrait irrésistible au fait de “partir pour la grande ville” et se faire un nom, non seulement pour toi, mais aussi pour le petit village d’où tu viens.

Ca peut être génial, mais selon mon expérience, ça intensifie la pression que tu mets déjà sur tes épaules dans le but de réussir. Et quand tu luttes de quelque manière que ce soit, tu te rendras compte que tu n’es pas seulement effrayée de louper ta propre carrière et ta vie, mais aussi de décevoir tout le monde à la maison. Du moins, si tu es comme moi.

Je travaille 10-40 heures par semaine depuis ma première année pour payer pour USC, sacrifiant ma vie sociale que mes camarades prennent pour acquise. Mes parents et grands-parents m’ont généreusement aidé pour le loyer. J’ai pris toutes sortes de classes de film, j’ai fait deux stages dans des sociétés de production mondiales et j’ai eu l’occasion de rencontrer et de parler avec à peu près tous les réalisateurs célèbres inimaginables.


C’est génial! Hey, au moins, tu as engrangé toute la connaissance et l’expérience possible pendant que tu étais là-bas.

Ceci dit, j’aurai 1200$ à rembourser par mois une fois que je serais diplômée.

Ce n’est pas génial. Ouch. J’espère que c’est sur le remboursement standard en 10 ans.

Je suis plus mature, économe, curieuse et sensible (heureusement) que quand j’avais 18 ans, PARCE QUE j’ai eu l’occasion de vivre dans une grande ville et d’aller dans une super université. Mais maintenant je pense à comment rembourser mes emprunts de façon responsable et à trouver un mode de vie qui me plait vraiment.

Je ne suis pas sûr de ce à quoi tu fais référence quand tu parles de rembourser tes emprunts “de façon responsable” –soit tu les rembourses, soit tu ne les rembourses pas. Cependant, si tu réfères au plan de remboursement standard sur 10 ans vs. les plans de remboursements plus légers, permets moi de te demander de considérer ces plans plus légers. 1200$ par mois, ça sera DUR qu’importe ce que tu fais dans ta vie.

Les plans de remboursement étendus te permettent d’allonger ta période de remboursement de 12 à 30 ans. Oui, tu vas payer plus d’intérêts sur le long terme, mais au moins, ce sera faisable. Payer 1200$ par mois pendant 10 ans ne le sera pas forcément.

Bien que j’adore mon ECOLE, je suis fatiguée de vivre dans des appartements ruinés avec 5 colocataires et ne jamais avoir d’argent pour la nourriture/la lessive/les livres, etc. Je souffre de maladie chronique parce que les attentes dans le domaine de la production sont physiquement épuisantes et me prennent beaucoup de temps. De même, je ne veux pas vivre à LA. Quand je serais diplômée, je ne veux pas travailler 16 heures par jour en tant que larbin sur un set, en attendant que quelqu’un me remarque et me rende célèbre.

Je ne peux en aucun cas te blâmer pour tout ça.

Je n’ai jamais voulu être un « réalisateur célèbre » ou quoi que ce soit – je voulais travailler dans le cinéma ou la télévision et je voulais l’éducation qui allait avec. Je pensais que je voulais vivre à LA, mais après y avoir vécu 3 ans, je sais que je ne peux simplement pas. Principalement parce que je ne peux pas supporter l’idée d’avoir un job bizarre/non payé en tant que larbin sur un set avec des gens qui ne sont même pas allés à l’université, alors que j’ai un diplôme qui m’a couté cher et qui pourrait servir à accomplir tellement plus.
Je ne peux pas te blâmer pour tout ça, non plus.


Donc, je pense que les choses pourraient s’arranger: j’étudie la psychologie en sujet secondaire, et j’adore ça. La psychologie est mon autre grande passion et j’aimerais m’orienter vers un doctorat. Au moment où j’obtiendrai mon diplôme, j’aurai tous les cours requis pour intégrer une école supérieure pour un Doctorat de Psychologie.

D’accord, laisse moi t’arrêter dès maintenant et jouer l’avocat du diable avec toi, juste pour développer ton raisonnement. Ton domaine d’étude secondaire est la psychologie – à USC, ça correspond à 6 cours. Ce n’est pas un nombre suffisant pour se préparer à plonger dans l’abysse du « Je veux un doctorat ! » Pour moi, c’est comme sauter d’une falaise avec tes amis dans un lac proche de chez toi et annoncer juste après ton intention d’obtenir une place dans l’équipe Olympique de natation.

Cependant, c’est un nombre bien suffisant pour se dire “j’aimerais poursuivre la psychologie un peu plus loin”. Par exemple, la licence en psycho de USC correspond à seulement 11 cours –ce qui correspond à 5 de plus que ce que tu as déjà pris. Donc, on dirait que tu pourrais décrocher ta licence en psychologie, avec pourquoi pas un emploi du temps pour l’été assez dense et un autre à l’automne ?

Je te le recommande, juste parce que ça te fera rentrer peu à peu dans le domaine et ça te donnera plus d’opportunités de découvrir si tu seras intéressée par ce sujet sur le long terme. Si c’est le cas, alors c’est super, si non, au moins, tu peux t’esquiver avant d’entrer dans un programme de doctorat.

Autant que je sache, je peux rentrer à la maison, travailler dans une station TV ou un truc du genre, et mettre de côté l’argent qui payait le loyer pour rembourser mes emprunts. J’aurais ma propre chambre, de la nourriture, une machine à laver qui fonctionne et je pourrais être avec ma famille.

Hey, ça me va, si toi et tes parents êtes d’accord. C’est peut-être une autre raison, du coup, pour poursuivre une licence en psychologie – tu auras plus d’opportunités au niveau des emplois qu’en travaillant pour une station TV (je ne sais pas exactement ce que tu souhaites faire là-bas, mais je suppose que c’est dans le domaine production/technique). Une licence de psycho est un peu comme une licence d’anglais –il n’y a pas tellement de professions qui la requiert mais il y a des tonnes de jobs à travers un large nombre de disciplines/industries pour lesquels cette licence est parfaitement acceptable.

Je peux toujours garder mes connexions à LA (trois heures de route) et continuer la production pendant mon temps libre si je le désire.

C’est une autre chose que j’allais mentionner. Tu le sais aussi bien que moi si tu as été dans une école de cinéma pendant les trois dernières années, mais le business du cinéma (et tous les autres domaines impliquant de la production vidéo à quelque niveau que ce soit) a grandement changé ces dix dernières années. Les murs autour de la production ont vraiment commencé à s’effondrer, à cause d’outils toujours plus sophistiqués (ex : caméras compactes HD) et des logiciels (applications d’édition vidéo peu chères et open-source). Et, bien sûr, les murs de la distribution ont commencé à s’effondrer une fois qu’Internet est né, et encore plus quand YouTube est devenu énorme.

Mon point est, si tu es douée dans ce que tu fais, tu n’as probablement pas BESOIN de la proximité avec toutes tes connexions à LA dans le but de faire un peu de production si tu le souhaites. Et les vidéos sur Internet explosent un peu partout désormais, donc je ne serais pas surpris que tu puisses trouver un boulot de consultation/production vidéo à côté si tu le souhaites.

Je peux bosser pour une chaîne d’informations en Californie Centrale ou quelque chose comme ça, et économiser pendant 4 ans jusqu’à ce que je puisse m’offrir un doctorat de Psychologie à 100 000$ (je devrais être capable de trouver un emploi, également, en poursuivant mon doctorat).

Je veux être psychologue en clinique et étudier les effets des médias sur la société et contribuer aux programmes médiatiques qui ont besoin de psychologues, au lieu d’être seulement « un réalisateur » comme je pensais le vouloir il y a 3 ans.

Et bien, laisse moi souligner quelques points. Je pense que l’issue la plus probable sera que tu feras l’un ou l’autre –psychologie clinique OU recherche. Les deux peuvent sans problème être des emplois à temps plein. Si tu vois un tas de patients dans une clinique (et tes emprunts étudiants massifs t’encourageront à faire ça –plus tu vois de patients, plus tu gagnes d’argent), moins tu auras de temps pour les projets de recherches.
Et rappelle toi, une pratique en clinique ne te laissera sûrement pas beaucoup de temps libre et d’argent pour faire des recherches indépendantes de la façon dont une université le ferait. Mais là encore, si tu es professeur en université à temps plein avec beaucoup de temps pour tes recherches, alors tu n’auras sûrement ni le temps ni la liberté pour faire du travail clinique non plus.

Et autre chose à propos de faire des recherches sur les effets des médias sur la société: comprends que c’est un sujet que des milliers de docteurs ont étudié, étudié et étudié à mort et qu’ils ont publié plus de thèses et dissertations sur ce sujet que tu ne peux imaginer. Et ce ne sont pas seulement les docteurs en psychologie qui l’ont fait – les docteurs en communications, médias et journalisme en ont fait des tas et des tas aussi.

Est-ce que ça signifie qu’il n’y a plus rien à étudier? Non – les gens vont continuer d’étudier et de publier sur le sujet, sans problème. Je veux juste préciser que, pour réussir dans un environnement de recherches, tu vas devoir prendre le sujet et aller dans une NOUVELLE, différente, et intrigante direction avec lui. Personne ne te payera (pas longtemps, en tout cas) pour faire une recherche qui confirme ce que les autres chercheurs ont établi des années plus tôt.

Maintenant, retour au domaine clinique, laisse moi rajouter une dernière étape à mon approche progressive vs. ton approche poursuivre-un-doctorat. Si le côté clinique te correspond plus que le côté recherche, alors tu peux passer par l’étape intermédiaire qui est d’avoir une maîtrise. Une maîtrise en thérapie familiale ou une maîtrise en travail social ou encore une maîtrise en aide psychosociale est quelque chose que tu obtiens dans un laps de temps assez court (comprendre : c’est beaucoup moins cher qu’un doctorat) et ça ouvre immédiatement toutes les portes d’un nouveau job dans le milieu clinique.

Donc, tu pourrais commencer par gagner un peu d’argent en devenant psychologue/conseiller/n’importe quoi, rembourser tes emprunts et APRES, obtenir ton doctorat progressivement si tu t’aperçois que tu le veux toujours.

Est-ce bien de modifier légèrement ses « rêves » ? Ou c’est totalement ridicule et naïf ?

Oh mon Dieu, non seulement c’est bien –mais c’est complètement normal (tu te souviens de « Tout le monde sur son plan C » ?). Notre challenge aujourd’hui, c’est d’essayer de t’empêcher de a) vivre une vie qui te rend misérable pendant que tu amarres ton bateau à un autre port et b) te laisser ravagée par les dettes avant que tu n’y arrives.

Mon père n’a aucun problème avec ça, mais ma mère pique une crise, ce qui énerve mon père également. Elle pense que je devrais obtenir mon diplôme, rechercher un job minable à LA et rester là bas jusqu’à ce que je « perce ». Je ne VEUX pas « percer », et c’est un but irréaliste de toute façon. Je veux rester à la maison pendant quelques années, mettre de côté chaque centime, NE PAS jeter de l’argent par les fenêtres avec un loyer à LA, me débarrasser de mes emprunts étudiant et aller en école supérieure quand le moment sera venu. D’autant plus que je peux toujours retourner à LA pour chercher un job si je change d’avis.

Et bien, je comprends totalement ce que ta maman ressent, au vue de l’argent que tes parents ont investi pour ton éducation. J’ai une fille et, bien qu’elle ait seulement 5 ans, je peux imaginer ma réaction après avoir dépensé des dizaines de milliers de dollars dans un diplôme et finir par réaliser qu’elle ne l’utiliserait pas.
Cependant, ça ne signifie pas qu’elle ait raison d’insister pour que tu vives ta vie en poursuivant quelque chose qui ne t’intéresse plus. Certaines erreurs sont plus chères que d’autres, mais tu dois arrêter les frais à un moment. Il n’y a rien à ajouter (à moins que ce soit ta mère qui parle, parce qu’elle aurait sûrement beaucoup de choses à ajouter à ce sujet).

Ceci dit, une chose pour laquelle tes parents ont leur mot à dire est le fait que tu vives à la maison. C’est leur maison et ils ont le droit de dire oui ou non à cela. Et ils ont totalement le droit de te faire payer un quelconque loyer s’ils te laissent revenir.

C’est une chose totalement personnelle, entre eux et toi, bien sûr. Nombreux parents sont super heureux d’avoir leurs enfants adultes qui reviennent à la maison pour une durée indéterminée, et pour aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Les parents de ce genre sont plus nombreux aujourd’hui que jamais.

D’autres pensent que c’est ridicule. C’est une chose si une tornade dévaste ta maison et que tu as besoin d’un lieu où dormir pour quelques semaines ; c’en est une autre, disent-ils, d’assumer que de rester gratuitement chez tes parents pour des années est quelque chose qui devrait t’être possible à chaque fois que tu changes d’idée de carrière.

Tout ça est une chose à régler avec tes parents.

Devrais-je vivre une vie de misère dans une ville que je n’aime pas, faisant un job de larbin en espérant gravir les échelons, ou devrais-je rester à la maison et travailler de façon à utiliser mon diplôme afin d’aller en école supérieure plus tard ? Merci beaucoup pour ton temps.

Sincèrement,
Kathryn

Pas de quoi. S’il y a bien une chose pour laquelle je suis carrément contre, c’est la misère. Je pense que mes doigts sont sur le point de tomber, donc, je te laisse à la foule, Kathryn. Que pensez vous du cas de Kathryn ? Devrait-elle rentrer à la maison, rester à LA, obtenir un doctorat, être chef éclairagiste ? Faites le nous savoir dans les commentaires.

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